L’aide à domicile repose largement sur des structures relevant de l’économie sociale et solidaire (ESS) (associations, coopératives, mutuelles, fondations). Reconnue par la loi du 31 juillet 2014, l’ESS se caractérise notamment par un objectif autre que le seul partage des bénéfices, une gouvernance plus participative et une lucrativité limitée : les excédents sont majoritairement réinvestis pour maintenir et développer l’activité. Dans ce cadre, la hausse du prix des carburants n’est pas un simple aléa de gestion : elle pèse directement sur la capacité de ces acteurs à assurer la continuité des interventions et à préserver l’emploi, dans des territoires où les déplacements sont indispensables.
Exemple d’initiative ESS : pour réduire le reste à charge des salarié·es et sécuriser les tournées, certaines associations du secteur investissent dans des solutions de mobilité mutualisées. En Ille-et-Vilaine, une fédération départementale de l’ADMR a ainsi renouvelé et élargi sa flotte avec des véhicules de service, dont une part de voitures électriques, afin d’accompagner les intervenant·es qui parcourent le plus de kilomètres et de limiter l’impact des hausses de carburant sur leur budget quotidien.
Ces initiatives restent toutefois inégales selon les territoires, faute de financements pérennes, pour raccrocher plus directement à ton angle “coût de l’essence”.
Les professionnels de l’aide à domicile se disent préoccupés par le décret instaurant une indemnité carburant. Selon eux, le dispositif bénéficierait à un nombre limité de personnes et le montant prévu ne compenserait pas réellement le surcoût lié à la hausse des prix à la pompe. Autre point de friction : les structures disposant de véhicules seraient exclues du mécanisme. Les fédérations du secteur craignent, à terme, une accélération des départs de salariés.
Quelles conditions pour être considéré comme “grand rouleur” ?
Pour être éligible à l’aide destinée aux “grands rouleurs”, il faut remplir au moins l’une des conditions de distance suivantes :
- Effectuer au moins 15 km par trajet entre le domicile et le lieu de travail (30 km aller-retour) ;
- Ou parcourir au moins 8 000 km par an dans le cadre de l’activité professionnelle (trajets domicile-travail inclus).
À ces critères s’ajoute une condition de ressources : le revenu fiscal de référence 2024 doit être inférieur ou égal à 16 880 €.
Des kilomètres quotidiens… et une indemnisation qui ne suit plus
Dans ce métier, les déplacements sont au cœur de l’activité. D’après Senioractu, certaines intervenantes parcourent 150 à 200 km par jour, tandis que l’indemnité kilométrique n’a pas évolué depuis 2022.
Dans le Calvados, les 1 300 aides à domicile de l’ADMR réalisent chaque année plus de quatre millions de kilomètres pour intervenir auprès de 6 000 bénéficiaires. Les trajets sont indemnisés à 0,38 € par kilomètre, conformément à l’avenant 50 de la convention collective de la branche, signé en mars 2022 et agréé en septembre de la même année — une revalorisation qui n’était pas intervenue depuis 2008.
Le barème avait été établi sur la base d’un gazole autour de 1,70 €/L. Or, avec un diesel désormais au-delà de 2,18 €/L en moyenne nationale, le décalage se creuse : l’indemnité couvre un carburant à 1,70 €, pas à 2,18 €. Résultat, l’écart entre l’indemnisation et le coût réel des déplacements n’a jamais été aussi important.
Un secteur oublié, des prises en charge déjà en tension
Dans ce contexte, plusieurs acteurs regrettent que le plan gouvernemental annoncé le 27 mars (70 millions d’euros) ne prenne pas réellement en compte l’aide à domicile. Sur le terrain, certaines structures indiquent déjà limiter de nouvelles prises en charge, faute de personnel disponible.
Si l’aide à domicile est une priorité collective, elle doit être financée comme telle. Revaloriser l’indemnité kilométrique au plus près des coûts réels, sécuriser des enveloppes dédiées aux déplacements et accélérer l’investissement dans des solutions de mobilité partagée et bas carbone (véhicules de service, mutualisation, organisation des tournées) sont des leviers immédiats. À défaut, c’est toute la promesse de l’ESS — garantir un service de proximité, ancré dans les territoires et centré sur l’utilité sociale — qui risque de s’éroder, au détriment des salarié·es comme des personnes accompagnées.